Détail ::::::
Animatrice : Marc Bessin (CNRS)
Titre : 525 - Penser le genre sur le terrain
Résumé : -

Auteure : Meoin Hagège (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)
1 - Le genre du soin en prison et le genre de l'enquête : retour sur la position d'enquêtrice en terrain masculin
L’approche par le genre dans l’analyse des trajectoires de soin d’hommes détenus qui permet d’éclairer le recours au soin en prison. Absente d’une littérature scientifique essentiellement épidémiologique et interventionnelle, cette approche permet d’expliquer comment les masculinités (Connell 2005) influent sur l’usage des soins et les rapports aux soignant.e.s en détention (Milly 2001, Bessin & Lechien 2000). Dans le contexte hypermasculin de la maison d’arrêt pour hommes, l’exemple du suivi du VIH et de l’hépatite C, désormais construit comme « problème public » (Setbon 2000), montre comment les enjeux de genre construisent le recours à la relation de soin avec un personnel essentiellement féminin : pour certains, l’incarcération est un moment privilégié d’accès aux soins et aux traitements, pour d’autres, un moment d’interruption d’un suivi de santé routinisé. L’analyse réflexive d’une expérience d’enquête menée par une jeune sociologue blanche permet d’étayer la place centrale des rapports sociaux de genre, de race, de classe et d’âge dans la production de la parole d’hommes en situation subalterne (Baca Zinn et al. 2005, McIntosh 1988). Ces résultats sont issus d’un travail de thèse en cours, en sociologie de la santé, sur les trajectoires de soins de détenus séropositifs au VIH ou atteints d’une hépatite C. L’enquête de terrain menée dans deux maisons d’arrêt françaises de 2011 à 2013 allie observation, entretiens biographiques et analyse des correspondances multiples pour identifier les temporalités de soins en tant que construction genrée et questionner le problème de l’interruption de soins à la sortie de prison.
Auteure : marcillat audrey (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)
2 - Enjeux de la coprésence des sexes dans les institutions de prise en charge des personnes sans abri en Île-de-France
Cette communication s'inscrit dans le cadre de ma recherche de doctorat qui a pour objet l’analyse des trajectoires, des expériences et des représentations des sans-abri (femmes et hommes)à travers une enquête qualitative (ethnographie et entretiens semi-directifs). Il s’agit d’appréhender les dimensions sociale et spatiale des rapports sociaux de sexe en tenant compte des enjeux de temporalité, de sexuation et de mobilité du sans-abrisme. A partir d'un terrain réalisé dans des CHRS en Île-de-France(Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale), je me propose d'analyser les modalités de prise en charge des sans-abri en institution dans une perspective de genre. Peut-on en effet parler de "mixité" au sein des CHRS? La coprésence des sexes permet-elle d'abolir ou au contraire reproduit-elle l'ordre du genre? Y a-t-il une permanence ou une recomposition du cloisonnement traditionnel entre femmes et hommes au sein de ces institutions? Articulant analyse des discours et des pratiques des équipes et usager.e.s de ces centres, cette communication a donc pour objectif de révéler ce que soulève l'enjeu de la mixité ou non-mixité des espaces, tant du point de vue des représentations sociales que des pratiques quotidiennes des acteurs qui les traversent.
Auteure : Maïmouna Ndoye (AFARD)
3 - Dé-connexions entre savoir féministe et pratique du développement : leçons apprises à partir de l'intégration du genre dans le domaine de la santé au Sénégal
La problématique de l’apport du savoir féministe dans la pratique du développement se pose en des termes différents selon le contexte socio culturel et politique dans lequel on se trouve. Au Sénégal, les attitudes dominantes vis-à-vis du féminisme peinent encore à le positionner comme un champ de savoir utile dans la pratique du développement. Comme dans beaucoup de pays africains, le terme genre a meilleure presse que le féminisme qui, trop souvent, soulève l’épineuse question de la perte d’identité des femmes devant un référentiel occidental importé. Ainsi, le genre est presque devenu un « buzzword » dans un contexte international où sa prise en compte comme approche est devenue incontournable. Mais peut-on dissocier le genre du féminisme ? L’apport du genre sur le terrain peut –il se passer du savoir féministe ? Ma réflexion analyse les implications pratiques des attitudes envers la production féministe sur les tentatives d’intégration du genre dans le domaine de la santé au Sénégal. Elle s’inspire de mon expérience en tant que féministe, travaillant comme conseillère genre dans une ONG, après un long parcours de recherche et d’enseignement sur les questions de genre. De l’académie à l’action, j’ai pu constater entre autres qu’il y a un très faible recours à la production théorique sur le genre, a fortiori lorsqu’elle s’assume féministe. Ce qui réduit le genre à des généralités sur ses concepts, théories et outils de base. Ceci, sans cet engagement militant qui caractérise le féminisme, mais aussi, sans cet effort nécessaire d’analyser les répercussions du genre dans chaque domaine de la vie, y compris la santé. Il est central aujourd’hui, de réfléchir aux contraintes que pose l’articulation entre la réflexion féministe et l’opérationnalisation du genre dans le domaine de la santé au Sénégal et de proposer des solutions.
Auteure : Marc Bessin (CNRS)
4 - Les présences des chercheur-e-s : une approche temporelle et sexuée des relations de care sur le terrain et dans le monde académique
En s’inscrivant dans la tradition de l’épistémologie féministe de la connaissance située et dans les approches du care, cette communication propose de traduire en termes de présences sociales les enjeux temporels et sexués du care et d’en tirer les conséquences quant à l’engagement du chercheur sur son terrain et dans le monde académique. Ainsi, loin d’un rapport fondé sur la distance censée produire une connaissance neutre de la réalité sociale, ce sont des présences qu’assument les chercheur-e-s en sciences sociales sur le terrain. Elles sont faites de compassion, d’empathie, d’attentes, d’accompagnement et de soutien qui les engagent dans une relation de care. Celle-ci n’est pas unilatérale et peut s’engager dans la durée, allant vers une co-production de savoirs, voire de la recherche-action. La sociologie du travail de l’espace social où les chercheurs restituent, divulguent et transmettent les connaissances issues de ce terrain est également caractérisé par d’autres présences. Le monde académique est tout aussi inégalitaire et traversé par les différents rapports sociaux de domination. Une lecture en termes de présences sociales peut en termes descriptifs mettre au jour le travail invisible et déconsidéré de nombre de ses acteurs, qui sont le plus souvent des actrices. En termes normatifs, parler de présences académiques, assumer les relations de care dans le monde de l’enseignement et la recherche, et ainsi objectiver les interdépendances de ses protagonistes, permet d’envisager d’autres formes de circulation du savoir, en prenant soin cependant d’y observer la perpétuation des rapports de pouvoir.