Détail ::::::
Animatrice : Berthe Lacharité (Relais-femmes)
Titre : 525a - Penser le genre sur le terrain
Résumé : -

Auteure : Catherine Markstein (Plateforme pour promouvoir la santé des femmes)
Le-s co-auteure-s : Manoë Jacquet (Plateforme pour promouvoir la santé des femmes)
1 - Le genre comme déterminant transversal en promtion santé: l'impact des inégalités et plus spécifiquement de la gestion du Care sur la santé des femmes.
La Plateforme pour promouvoir la Santé des Femmes s’est constituée à partir d’un réseau féministe de professionnelles et non professionnelles qui, par leur statut ou leur engagement, sont attentives et vigilantes aux questions de santé des femmes. L’intervention féministe, l’approche participative et l’empowerment demeurent les stratégies privilégiées dans nos missions. Selon l’OMS, les sociétés perpétuent des injustices et des inégalités fondées sur la différence des genres, qui ont des conséquences très concrètes sur la vie et des femmes Celles-ci se marquent tant dans la sphère sociale que dans la santé des individues . Nos rencontres et le travail avec des femmes de tout âge et de toute classe sociale, confirment que ces problématiques liées au genre ont un impact direct sur la santé des femmes . Cette réalité du terrain amène aujourd’hui notre plateforme à construire un programme d’étude sur la prise en compte de la notion du genre comme déterminant transversal de la santé et sur la sexospécificité de certains déterminants de santé. Rappelons ainsi que « l'analyse de genre permet un examen minutieux d'un domaine de santé particulier pour déterminer si, et de quelle manière, les normes de genre, les comportements et les inégalités contribuent à une mauvaise santé, aux handicaps, à la mortalité ou à l'absence de bien-être ». Parmi les nombreuses normes, comportements et inégalités liées au genre qui entrainent des difficultés de santé, la PPSF identifie et met son focus sur la repartition inégale du CARE dans nos sociétés. Cette problématique a une répercussion importante sur la santé des femmes et constitue au niveau individuel une source d’épuisement et de stress et au niveau collectif un élément d’injustice sociale. La répartition actuelle du Care est un obstacle majeur à l’émancipation des femmes et à l’égalité entre femmes et hommes.
Auteure : Laura Piccand (Université de Genève)
2 - Comparer des populations, définir le sexe dans les études sur le développement pubertaire
Héritières des techniques anthropométriques développées principalement dans l'anthropologie physique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, les études pédiatriques sur le développement dit normal de l'enfant et de l'adolescent ont été particulièrement nombreuses dès la deuxième moitié du XXe siècle, notamment en Europe et aux Etats-Unis. D'un premier abord, leur rôle dans la cristallisation d'un savoir sur le développement sexuel, et plus largement d'un savoir sur le sexe, est non négligeable. A partir de mesures et descriptions minutieuses des changements pubertaires chez les filles et les garçons, des instruments de mesure, notamment des échelles, ont été développés et sont pour la plupart encore utilisés actuellement. D'autre part, il est manifeste qu'à l'origine tout du moins, ces recherches ont eu pour objectif, parfois explicite, parfois implicite, de comparer les résultats entre populations nationales mais aussi entre des groupes de personnes constitués sur des critères ethniques/"raciaux", mais aussi de classe. Dans cette communication, je propose de contribuer à l'histoire du développement pubertaire comme objet scientifique à travers l'étude d'une série d'études longitudinales réalisées à Zurich dès les années 1950 jusqu'à nos jours. Il s'agira d'explorer comment ces recherches successives de grande ampleur, avec plusieurs centaines de sujets suivis longitudinalement pendant toute leur croissance, ont non seulement contribué largement à définir quelles caractéristiques physiologiques devrait présenter un corps de garçon versus de fille pour correspondre au développement défini comme normal à chaque âge (taille, pilosité, caractères sexuels primaires et secondaires...) mais également comment elles se sont construites dans la continuation d'une préoccupation plus ou moins implicite pour la description de différences corporelles racisantes et classisantes. L'idée est ainsi d'expliciter et de discuter comment ces études ont participé largement à la production et à la diffusion de normes corporelles à l'intersection des définitions de "sexe", "race" et classe.
Auteure : carmen diop (Université Paris 13 -EXPERICE)
3 - Epistémologique du point de vue et auto-théorisation en France: un savoir contre-hégémonique?
Pour comprendre la subjectivation des inégalités sociales liées au sexe et rendre compte d’expériences de souffrance au travail, je m’appuie sur l’épistémologie du point de vue situé. Comment les données empiriques biographiques rendent-elles compte des rapports sociaux et du contexte? Cette recherche est issue de mon immersion dans les rapports sociaux que j’étudie et s’inscrit au cœur des débats français sur la postcolonialité et sur la posture du chercheur. J’explicite la question de mon rapport à mon objet de recherche dans le contexte sociopolitique français de production du savoir scientifique qui prône la distance. Je mets en évidence la valeur heuristique de l’épistémologie du point de vue et les difficultés méthodologiques qu’elle suscite. L’avantage épistémique des effets de positions est central dans mon travail, qui est susceptible d’être renvoyé au domaine journalistique, romanesque ou de la subversion sociopolitique, et exclu de toute reconnaissance académique (Bourdieu, Morrison, 2000). Le point de vue situé refuse la rupture entre engagement et connaissance et soulève la question de la diversité dans le milieu universitaire (Essed, 1997 ; 1999). Jugée « subjective » et « non scientifique » du point de vue « du nord», cette démarche risquée qui interroge le producteur des connaissances et son objet est jugée « subjective » (Boudon, 2001) et reste marginale en France. Comment m’auto-représenter hors des cadres habituels, à partir d’une théorie de l’expérience propre (de Lauretis, 1987)? Comment produire un savoir académique issu de vérités subjectives, dans un processus « de traduction» des subjectivités. Je soumets ainsi mon avantage épistémique de femme noire et de chercheure afro-antillaise « dans un monde sexualisé et racialisé » (Morrison, Vacarme 1994) à l’exigence de scientificité, pour une recherche utile à la connaissance des rapports sociaux en France.
Auteure : Véronique Perry (LERASS - équipe Médiapolis)
4 - Discours scientifiques et médiatiques sur le genre en France : de la polysémie conceptuelle à l'épouvantail de la "théorie du genre".
Nous proposons de présenter une analyse des fluctuations théoriques et idéologiques autour du concept de genre depuis 10 ans en France et des conséquences de cette confusion dans les politiques publiques. En effet, si la recherche francophone en France s’arrange tant bien que mal de cette plurivocité et cette polysémie, que peut-on en dire pour les discours sur le genre dans les ouvrages de vulgarisation scientifique et dans la presse en France ? Nous verrons tout d'abord en quoi la problématique de la vulgarisation et de la didactisation de ce terme conduit à faire de « genre » un simple « cache sexe ». Nous montrerons ensuite que ces « troubles dans le genre » ont pour effet, d’une part, de décrédibiliser la recherche féministe (qu'elle se cache derrière le genre ou s'en serve théoriquement pour dépasser la bicatégorisation systémique) et de contraindre son institutionnalisation ; d'autre part, de produire un épouvantail « genre » qui cristallise toutes les peurs : nous présenterons pour ce point une analyse des débats houleux autour de la dite « théorie du genre », martelée comme nocive bien que n'existant pas, dans la presse hexagonale au printemps 2014. Nous verrons enfin en quoi ces fluctuations théoriques et rhétoriques produisent un « blocage du genre » au niveau des politiques linguistiques et éducatives en France et proposerons quelques pistes pour tenter d’y remédier.