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Animatrice : louise lafortune (Univ du Québec à Trois-Rivières)
Titre : 526 - Perspectives féministes en recherche
Résumé : -

Auteure : louise lafortune (Univ du Québec à Trois-Rivières)
1 - Autoévaluer une innovation sociale dans une perspective féministe : une proposition de moyen d'évaluation et de réflexion collective
Plusieurs projets construits par différents groupes de femmes et organisations communautaires visent une innovation sociale. Cependant, il n’est pas toujours facile d’évaluer le degré d’innovation d’un projet surtout qu’elle peut se déclarer en cours de projet ou même après sa réalisation. L’objectif du projet avec l’équipe de Relais-femmes était de se donner des moyens d’autoévaluer un projet en construction dans une perspective réflexive et d’expliciter le degré d’IS (innovation sociale) pressenti. Pour nous, l’IS revêt une dimension inédite par rapport aux pratiques antérieures et est le résultat d’un processus créateur. Elle répond à des défis sociaux, culturels, économiques et environnementaux (Sridharan, 2011). Elle modifie des relations sociales pour permettre la transformation de problèmes sociaux (Westley, cité dans Patton). Elle revêt une dimension sociale dans la recherche d’équité et d’égalité et de transformation des rapports sociaux (Relais-Femmes). Elle est le produit d’un besoin, d’un désir, d’une aspiration ou découle d’une recherche de solutions à un problème social (Chambon, David et Deverey, 1982 dans Fontan, Klein et Tremblay, 2004). Au cours de cette communication, nous présenterons : la démarche de réflexion interactive et collective utilisée pour élaborer une grille d’autoévaluation d’un projet qu’un organisme développe afin d’évaluer le degré d’innovation sociale dans une perspective féministe; la grille d’autoévaluation comprenant des énoncés regroupés selon des critères. Pour chacun des critères, des indicateurs permettent une autoévaluation élaborée. En conclusion, nous proposerons des moyens de susciter une réflexion pour discuter sur le degré d’innovation d’un projet et qu’il soit une IS dans une perspective féministe. Avec la collaboration de Relais-Femmes
Auteure : Marcelle Dubé (UQAC)
2 - Quand la recherche, le récit et l'art font corps au cœur d'une thèse : rencontre fortuite d'une œuvre tissant la trame narrative de ce travail
Comment devient-on féministe? Et pourquoi le devient-on? Comment le rapport à l’autre éclaire la trame narrative de ces devenirs? Quels évènements et quels contextes tapissent la toile de fond de ces engagements et de ces récits d’expérience féministes? Voilà quelques-unes des interrogations qui ont guidé au départ ce que je cherchais à comprendre dans la rédaction de cette thèse portant sur les dynamiques intergénérationnelles au sein du mouvement des femmes québécois au tournant des années 2000. Dans le cadre de cette communication, j’aimerais faire un retour sur la démarche qui a présidé à la réalisation de ce travail et partager quelques constats sur l’expérience vécue à des moments charnières de cette aventure. Sous la forme d’un « récit de pratique » (Bertaux; 2001, Delory-Momberger; 2009, Dubet; 1994, Haicault; 2000), je compte, de manière narrative et réflexive, interroger la démarche que j’ai développée et expérimentée, et ce autour de trois grands axes : premièrement la méthodologie empruntée, deuxièmement les assises théoriques et les ancrages élaborés et finalement la construction polyphonique qui en ressort inspirée de l’installation sonore « The Forty Part Motet », de Janet Cardiff. C’est donc sous l’égide de ce que Le deuxième sexe proposait, l’appel à l’autonomie, à la liberté et au « devenir sujet » des femmes que se complètent les derniers maillons de cette longue route.
Auteure : Annabelle Ponsin (UQAM)
3 - Regard sur les processus d'individuations des membres des familles face au "Temps contemporain". Le genre comme objet et pratique. Analyse d'une « baby-sitter sociologue »
Mon travail interroge la manière dont la modernité néolibérale (Beck, 2003) structure les processus d’individuations (Martuccelli, 2004) et les constructions de « collectifs privés » tel que la famille et le couple. Le temps est pris comme élément cristallisateur de l’injonction à la performance (Heilburn, 2004). Il est interrogé au quotidien et dans le parcours « biographique » des individus. L’enjeu est ainsi de saisir dans quelle mesure la « temporalité » structure les identités des membres du couple (dans leur vie professionnelle, parentale, conjugale), des enfants (dans leur socialisation, leur scolarité) et des familles (dans leur mode de gestion quotidienne). Aussi, cette triple histoire identitaire s’analyse au regard de leur co-construction individuelle et collective. Mes travaux articulent les rapports sociaux de classes, sexes, âges, et analysent leurs co-conctructions quotidiennes en milieu familial (Kergoat 2012). Le genre, dans ma démarche, se révèle être une clef de compréhension à la fois de ma posture de sociologue-baby-sitter et de mes résultats d'observations qui en découlent. Mon approche qualitative s’initie en effet par un travail d’immersion en tant que baby-sitter. Cette posture permet une analyse ethnographique croisée des membres de la famille. Elle informe, d'elle-même, sur le caractère « sexuée » de ma démarche : je suis moi-même située comme jeune, étudiante, précaire, féminine, baby-sitter. Outre mon interrogation socio-historique de la place de la baby-sitter au cœur de la famille, j'analyse l’évolution de ma position au cours de l’enquête. Je suis à la fois un « agent régulateur du tempo familial», et une « médiatrice » de valeurs. C'est à ma propre construction « sexuée » que renvoient ces observations sur les processus d'individuations « sexués ». Les milieux familiaux, tels des « fabriques du genre », semblent ainsi être des terrains privilégiés pour observer les co-constructions des identités sexuées dans le temps.
Auteure : Ratiba Hadj-Moussa (York University)
4 - Regards croisés : La contribution de Nancy Fraser aux théories de la justice
Cette communication discute et problématise la théorie féministe de la justice à travers une de ses plus remarquables figures contemporaines, en l’occurrence Nancy Fraser. La question de la justice a longtemps animé le féminisme et ce, depuis son apparition mais il a connu un tournant important avec les revendications fondées sur l’identité politique et les formes d’injustice difficiles à mettre au jour. Nous montrerons en quoi Fraser en discutant à la fois avec d’autres féministes telles que Carole Pateman et, surtout, Iris Young d’une part, et avec d’autres philosophes contemporains tel qu’Axel Honneth d’autre part, elle a ouvert la voie à une réflexion qui tient ensemble les inégalités matérielles et les injustices symboliques ou de reconnaissance tout en maintenant sa position de philosophe marxiste. Plus encore, nous montrerons qu’elle est une des rares théoriciennes qui tient la philosophie à distance avec sa proposition d’approcher les demandes de justice en partant des revendications émanant de groupes marginaux et ou minorisés et non seulement de principes généraux qui définissent les sociétés démocratiques libérales. Son « folk paradigm of justice » atteste de sa critique des théories qui ne tiennent compte de la question des différences que pour la subsumer par des interprétations généralisantes. Finalement, nous interrogerons la portée de la théorie de Fraser à la lumière des revendications des récents mouvements tels que celui des Indignés, d’Occupy, du Printemps arabe et de bien d’autres encore.