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Animatrice : Nathalie Duhamel (RQCALACS)
Titre : 528 - Violence conjugale : un regard intersectionnel
Résumé : -

Auteure : Sastal Castro Zavala (Université Laval)
1 - Un regard intersectionnel sur les réalités des femmes immigrantes victimes de violence conjugale à partir du point de vue des intervenantes en maisons d'hébergement du Québec
Cette communication présente les résultats d’une recherche menée au Québec qui permet de mieux comprendre l’utilité et les limites de la théorie intersectionnelle en contexte d’intervention avec les femmes immigrantes victimes de violence conjugale. Cette théorie s’intéresse principalement à l’imbrication des catégories sociales et identitaires comme la race, la clase, le sexe/genre, la langue et la citoyenneté entre autres. Le contexte d’immigration a des effets sur la position sociale des femmes qui vivent de la violence conjugale et il peut multiplier les oppressions dont ces femmes sont victimes en augmentant leur vulnérabilité et en multipliant les difficultés qu’elles rencontrent. Par cette recherche qui s’inscrit dans une démarche exploratoire et qualitative, nous avons cherché à identifier dans le discours des intervenantes la diversité des expériences des femmes immigrantes et la complexité des intersections des oppressions vécues par celles-ci. Pour ce faire, nous avons donné la parole à un total de 33 intervenantes des maisons d’hébergement de quatre régions du Québec – Montréal, Sherbrooke, Québec et Gatineau – réparties en cinq groupes focalisés. Les résultats indiquent que l’inégalité dans les rapports sociaux de genre est un élément utilisé pour expliquer la problématique de la violence conjugale tant pour les femmes québécoises de souche que les immigrantes. Cependant l’expérience des femmes immigrantes, qui forment un groupe extrêmement diversifié et hétérogène, est traversée par l’intersection de plusieurs sources d’oppression en lien avec les pratiques dans les pays d’origine, le contexte d’accueil, ainsi que la socialisation et l‘héritage culturel.
Auteure : Jean-Laurent Rosenstrauch (Ehess (Paris))
2 - Dix ans de lutte contre la violence conjugale en France : une évaluation critique des dispositifs de protection légale des femmes victimes.
Depuis dix ans, les pouvoirs publics ont développé en France une politique de lutte contre les violences conjugales, particulièrement sur le plan législatif. L’objet de cette communication s’inscrit dans le cadre d’une sociologie législative et judiciaire portant sur l’étude critique des dispositifs de protection légale des femmes victimes de violence. Ainsi, nous pouvons présenter un bilan chiffré et qualitatif de l’application de la loi du 9 juillet 2010, réaliser une analyse interne et externe des documents législatifs ou des rapports associatifs et syndicaux. À ce propos, la loi du 9 juillet 2010 sur les violences faites spécifiquement aux femmes, inspirée par la loi espagnole sur la violence de genre, instaure une nouvelle garantie pour les femmes subissant des violences conjugales : l’ordonnance de protection, alors que déjà auparavant, la loi du 26 mai 2004 visait à mieux les protéger en favorisant l’éviction du conjoint violent du domicile conjugal. Nous devons souligner ici le maintien d’un faible nombre de faits déclarés de violence auprès des autorités policières et judiciaires en raison du phénomène d’underdisclosure (sous-divulgation d’un secret en raison de la honte pesant sur la victime). Enfin, les difficultés relevées dans l’application de l’ordonnance de protection s’expliquent aussi par un accès inégal des femmes victimes à la justice, dû aux inégalités de classe et géographiques. Il est vrai que les difficultés connues par une loi favorable aux droits des femmes s’insèrent dans un contexte néo-libéral marqué par le désengagement de l’État et notamment par les politiques discriminatoires envers les personnes étrangères.
Auteure : Amandine Lebugle (INED)
3 - Les violences subies par un conjoint ou un ex-conjoint en France : quelles différences selon les territoires ?
Cette communication a pour objet l’analyse territoriale des violences subies par leur conjoint ou un ex-conjoint en France. Elle permet d’apprécier l’impact du lieu de résidence sur la prévalence de ces violences et de leurs suites en termes notamment d’accompagnement des victimes, et ainsi d’éclairer les politiques publiques au niveau local. Les violences sont-elles répandues de la même façon sur l’ensemble du territoire ? Qu’en est-il des violences perpétrées par un conjoint ? Les démarches entreprises par les victimes ou leur accompagnement par les services de l’État, diffèrent-elles selon le lieu de résidence ? Pour répondre à ces questions, nous utilisons l’enquête de victimation réalisée annuellement en France, à savoir l’enquête Cadre de Vie et Sécurité (CVS) coproduite par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), en compilant les données collectées en 2008, 2009, 2010, 2011 et 2012 auprès d’un total de 66 925 personnes âgées de 18 ans à 75 ans. Dans la mesure où les démarches entreprises sont liées à la fois au contexte dans lequel les violences surviennent et à leurs conséquences sur la santé physique et mentale, la première partie de la communication portera sur l’identification des personnes victimes de violences, en particulier celles subies par le conjoint ou l’ex-conjoint. Dans la deuxième partie, nous montrerons la nécessité d’explorer la question du recours uniquement du point de vue des femmes, ces dernières étant largement plus touchées par les violences commises par un conjoint ou un ex-conjoint. Enfin, après une analyse des prévalences de violence selon les lieux de résidence, nous nous demanderons si les démarches entreprises suite à des violences varient en fonction du lieu de résidence.