Détail ::::::
Animatrice : Thérèse St-Gelais (UQAM)
Titre : 531 - Créativité féministe
Résumé : -

Auteure : Keivan DJAVADZADEH (Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis)
1 - Le genre du gangsta-rap : de la bitch à la Bitch
Cette communication, centrée sur un terrain étatsunien, se propose de retracer le processus qui a mené de l’émergence du gangsta-rap à la fin des années 80 à sa réappropriation par des rappeuses au cours des années 90. Il s’agira de montrer que certaines rappeuses ont décidé d’investir un sous-genre du rap masculin et misogyne parce que l’esthétique de cette musique offrait des possibilités d’expression et de contestation nouvelles. Le gangsta-rap peut ainsi être analysé comme un espace conflictuel mais aussi de dialogue dans lequel les rappeuses négocient leur identité en subvertissant les normes de genre et de sexualité. Par les représentations de féminité qu’elles donnent à voir et entendre, les rappeuses gangsta troublent l’ordre de genre traditionnel en même temps qu’elles contestent l’hégémonie masculine dans le gangsta-rap.
Auteure : Geneviève Dauphin-Johnson (Université du Québec à Montréal)
2 - Les interventions féministes dansées au Québec : portrait des problématiques féministes qu'elles abordent et des résistances qui en émergent
Au Québec, il existe encore très peu de travaux qui documentent les interventions féministes dansées. Pourtant, le corps et la créativité - deux dimensions qui se trouvent au coeur des interventions féministes dansées- représentent des lieux et des moyens d'action privilégiés des féministes. Cette communication présente les résultats d'une recherche qui s'inscrit dans une perspective de troisième vague féministe et qui a pour objectifs: 1) de dresser un portrait des interventions féministes dansées au Québec et 2) de recueillir les perceptions d'individus qui y participent à propos de ce qu'elles en retirent. Pour ce faire, une recherche documentaire entre les années 2000 et 2014 et dix entretiens semi-dirigés ont été réalisés. L'analyse des résultats est menée par le biais des théories du pouvoir en travail social féministe et de différentes conceptualisations féministes du corps. Les résultats de recherche mettent en lumières les particularités et les problématiques abordées par ce type d'intervention soit, les identités, la sexualité et de l'image corporelle. De plus, les résultats soulignent que les interventions féministes dansées sont des espaces dans lesquels les participantes et participants développent des résistances aux diverses formes de violences qu'elles subissent. Plus particulièrement, les résistances développées sont de trois ordres soit 1) de la réappropriation du corps, 2) réappropriation de l'espace public et 2) la re-signification culturelle. Enfin, les interventions féministes dansées contribuent à reconnaitre les dimensions multiples, fluides et parfois contradictoires des identités et à sortir l’intervention féministe d’un rôle moralisateur et normalisant.
Auteure : Pauline Vessely (HEAD-Genève/ ZHdK)
Le-s co-auteure-s : Sophie Vögele (Institut for Art Education/ ZHDK); Philippe Saner (Institut for Art Education/ ZHDK)
3 - Questionner les politiques d'exclusions et d'inégalités. Les hautes écoles d'art suisses au prisme des théories féministes postcoloniales
Comme l’ont démontré des études telle que Making Differences, (Saner, Seefranz :2012), les écoles d’art suisses font partie des institutions internationales qui participent à la reproduction d’inégalités sociales ; elles s’inscrivent dans des logiques néolibérales prônant les bienfaits de la globalisation. Ce système éducatif, où les termes de « potentiel » et de « talent » sont essentiels, laisse apparaître une idéologie fondée sur le don qui participe à la reproduction des rapports de force en jeu dans la société. Les hautes écoles d’art méritent d’être interrogées à travers le prisme du genre et de la diversité. Les écoles d’art se trouvent dans une situation paradoxale où aspirations à l’égalité et effets de la globalisation s’affrontent (Saner, Seefranz : 2012). D’un côté, le désir de diversité est valorisé pour ce que cette dernière représente en termes de créativité artistique, à l’échelle internationale. De l’autre, l’institution produit une délégitimisation des individus qui ne correspondent pas aux normes implicitement édictées en son sein. Ce processus concerne particulièrement les femmes, les migrants, ou les candidats issus de zones rurales. Nous présenterons ici le projet de recherche Art.School.Differences dans lequel le genre est un outil pour une analyse intersectionnelle. Art.School.Differences, qui se penche sur l’analyse des inégalités sociales dans les hautes écoles d’art, ne vise pas seulement à rechercher et analyser les procédés institutionnels mais aussi, par un projet de recherche ancré dans la pratique, à les faire évoluer. Production de savoirs inédits et changement social sont donc au cœur de cette initiative. Les théories féministes postcoloniales sont elles aussi des outils de mutation sociale qu’il faut sans cesse questionner et enrichir. Ceci nous semble nécessaire, non seulement parce l’inégalité va à l’encontre des principes d’une institution d’éducation publique, mais aussi parce que l’égalité sociale soutient/renforce les exigences d’une haute école internationalisée et globalisée.
Auteure : Myriame Martineau (UQAM)
4 - La pratique des conteuses québécoises : brouillage des stéréotypes sexués et femmes «remarquables» à (re) découvrir
Cette communication présente un premier portrait de la pratique des conteuses québécoises à partir d'une enquête par questionnaire réalisée à l'été 2014. Elle interroge leur place au sein du Renouveau du conte au Québec et leurs perceptions de l'art de conter, oscillant entre «passeuses d'histoires» et «artistes». À partir d’une approche sociologique de l’oralité et des rapports sociaux de sexe, je soulignerai tout d’abord comment les conteuses québécoises définissent le conte contemporain qu’elles portent dans l’espace public et comment elles en traduisent la symbolique et l’imaginaire pour repenser le monde et ainsi pallier à sa déshumanisation. Ensuite, je questionnerai les conditions d’exercice de cet art aussi bien au niveau des lieux de « racontage » que de la reconnaissance institutionnelle. Bien que majoritaires en nombre au sein du Regroupement du conte au Québec (RCQ), il semblerait que les conteuses québécoises racontent dans des lieux moins prestigieux (bibliothèques, écoles, soirées collectives de conte) que les conteurs («scènes» de spectacle, souvent en solo). Y aurait-il une pratique genrée du conte au Québec ? Enfin, je verrai si la parole conteuse qu’elles offrent peut être plus engagée, plus politique, plus subversive. Tout en revendiquant une parole universelle, elles semblent brouiller/transgresser certains stéréotypes sexués des contes traditionnels, qu’elles racontent en majorité. Elles proposent d’inverser les normes genrées de notre société et de valoriser/rendre visible des femmes « remarquables », souvent oubliées dans notre mémoire collective. Elles tentent de créer un espace de parole où l'oralité contemporaine «se performe» et semble faire sens face à notre société hypertechniciste, hyperindividualiste, hyperconsumériste.