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Titre : Colloque 240 - Séance 6 - Dynamiques des rapports sociaux sexués et racialisé, et action collective des femmes précarisées : quels impacts sur les stratégies syndicales?
Résumé : -

Auteure : Louise Boivin (Université du Québec en Outaouais)
Le-s co-auteure-s : Nicholas Gagnon-Daniel (Université du Québec en Outaouais)
1 - Imbrication des rapports sociaux dans l’analyse des pratiques syndicales ou associatives au sein des organisations en réseau.
Un vaste corpus de littérature scientifique traite des pratiques syndicales et/ou associatives à l’égard des travailleuses et des travailleurs précaires. Notre étude constitue une synthèse analytique d’une trentaine d’études nord-américaines et européennes portant sur des contextes caractérisés par des relations d’emploi triangulaires dans le cadre d’organisations en réseau déployées sur un unique territoire juridictionnel. Cette forme organisationnelle connait une expansion dans tous les secteurs d’activités avec la multiplication de certaines pratiques de gestion par les entreprises et l’État (sous-traitance, recours aux agences de location de personnel, partenariats public-privé, etc.). Certaines catégories sociales telles les femmes et les personnes racisées se retrouvent en particulier dans les segments précaires de ces réseaux. Ces contextes ne correspondent pas aux normes qui furent aux fondements de la régulation juridique du travail encadrant l’action des syndicats depuis l’après-guerre : l’entreprise intégrée, la relation d’emploi bipartite employeur-salarié.e, la figure type du travailleur masculin principal pourvoyeur de la famille. Nous avons cherché à vérifier, à travers notre métasynthèse, si les analyses des pratiques syndicales et/ou associatives prennent en compte – et comment elles le font -- ce décalage entre les rapports sociaux de pouvoir tels que saisis par la régulation juridique du travail en vigueur et la réalité sociologique de ces rapports sociaux. Nous avons aussi voulu comprendre si l’existence et l’imbrication de différents rapports sociaux de pouvoir (rapports sociaux de sexe, classe, racisation) étaient considérées dans le regard porté sur les pratiques collectives dans ces milieux de travail marqués par la précarité et la fragmentation productive.
Auteure : Martine D'Amours (Université Laval)
2 - Les travailleuses de la garde d’enfants en milieu familial : à l’intersection des rapports sociaux de travail, de sexe et de migration
La communication proposée porte sur une forme particulière de travail de soins, soit la garde d’enfants à domicile, tel qu’elle est exercée dans le cadre institutionnel québécois. Elle contraste l’analyse du rapport social de travail dans ce secteur d’activité et le regard « intérieur » offert par l’appréciation subjective des travailleuses concernées et les voies qu’elles identifient pour le transformer. D’une part, et en dépit d’indéniables améliorations à leurs conditions de travail obtenues après plus d’une décennie de luttes syndicales, les responsables de services de garde en milieu familial (RSG) demeurent des travailleuses atypiques vulnérables, surtout si on compare leur situation à celles des éducatrices des centres de la petite enfance. D’autre part, les résultats d’une enquête par sondage auprès de 3 769 d’entre elles attestent d’une importante hétérogénéité quant à l’appréciation qu’elles ont de leur situation, aux moyens qu’elles identifient pour l’améliorer et à leurs perspectives professionnelles. L’article analyse l’hétérogénéité des revendications, représentations du métier et perspectives professionnelles qui coexistent au sein du groupe des RSG par l’imbrication de leur position de classe, de leur situation familiale et de leur expérience de la migration. Si les RSG ont fait front commun derrière les demandes syndicales lors des premières négociations collectives tenues en 2011, une telle analyse annonce les lignes de fracture que devront affronter les négociateurs syndicaux lors des prochaines négociations collectives : la scolarité, les générations, l’immigration.
Auteure : Cristina Nizzoli (LEST)
3 - Se mobiliser lorsqu'on est salariée de la propreté femme et immigrée. Un cas de mobilisation syndicale dans le secteur de la propreté en Italie
Par cette communication, je souhaite revenir sur une mobilisation syndicale de travailleuses du secteur de la propreté ayant eu lieu à Bologne, en Italie. De par son mode d'organisation (externalisation et temps partiel imposé) et sa main-d’œuvre (majoritairement féminine, immigrée et/ou ethnicisée), ce secteur demeure un terrain fécond pour l’étude du syndicalisme contemporain. Dans ce contexte, les rares cas de mobilisations sont des moments « exceptionnels » pour comprendre la manière dont s'expriment les différentes formes de domination que subissent les salariées de la propreté et le rôle joué par le syndicat. La mobilisation représente-t-elle un moment qui abolit la rupture (observée lors des autres pratiques) entre le groupe des représentants (les syndicalistes) et celui des représentées (les salariées) ou, à l'inverse, contribue-t-elle à en creuser la distance ? Qu'est-ce que les clivages qui caractérisent les salariées mobilisées (salariées immigrées/salariées italiennes) nous apprennent quant à l'articulation des différents rapports de domination ? Les résultats issus d'une enquête ethnographique menée au sein de l'organisation syndicale CGIL (Confédération Italienne Générale du Travail) permettront d'apporter une réponse à ces questions. Il s'agit de comprendre quels sont les effets des dynamiques qui s'expriment lors de l'action collective sur la structure et l'action syndicale. En effet, cette mobilisation conduit à s'interroger sur les conditions du passage du groupe (façonné ici par une expérience commune de femmes immigrées marocaines en Italie) au collectif (salariées de la propreté) et du rôle de l'acteur syndical dans ce processus.
Auteure : Carole YEROCHEWSKI (GIREPS et CRIMT)
4 - Renoncer à son identité pour accéder à l’emploi standard ? Des limites du renouveau syndical
À partir de l’étude d’un cas d’action collective de femmes racialisées et précarisées (en majorité), cette communication questionne la difficulté du syndicalisme à construire des stratégies prenant en compte les multiples dominations sur le marché du travail et en l’occurrence l’imbrication des rapports sociaux sexués et racialisés. En effet, plus de trois années de mobilisations initiées par les travailleuses d’agences de main d’œuvre au profit d’un organisme public - pour effectuer un travail à des conditions inférieures d’emploi que les salariés de cet organisme, qui n’étaient pas dans leur majorité membres de populations racialisées comme elles -, ont abouti à une victoire en trompe-l’œil : le conflit de travail s’est soldé par une entente – négociée par l’exécutif de la centrale syndicale – obligeant en l’occurrence les travailleuses racialisées des agences de travail temporaire à choisir entre leur ré-intégration comme salariée permanente dans cet organisme et la reconnaissance de la discrimination qu’elles avaient subie et contre laquelle elles s’étaient mobilisées. En outre, cet organisme public continue de faire appel à des agences de main d’œuvre pour des besoins non ponctuels et les agences continuent d’envoyer majoritairement des femmes racialisées, avec lesquelles le syndicat local n’a pas de contact. En s’appuyant sur des entretiens menés plus particulièrement avec les travailleuses et les syndicalistes (à différents échelons), la communication s’attachera à mettre en relation les représentations des problèmes qui ont animé les différents protagonistes pour éclairer les relations entre les façons d’analyser les dominations, les formes de lutte institutionnalisées et les priorités stratégiques syndicales.