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Titre : Colloque 240 - Séance 7 - Des mobilisations contre la précarisation multidimentionnelle des femmes? Éclairages en France et au Québec
Résumé : -

Auteure : Sophie Beroud (Universite Lyon 2)
1 - Un syndicalisme de classes populaires ? L’expérience de SUD CT auprès des travailleuses au bas de l’échelle des collectivités territoriales
Le secteur de la fonction publique territoriale, en France, concentre un nombre important d’emplois fortement précarisés avec une main d’œuvre principalement féminine. Ces travailleuses occupent des postes à la fois dans les cantines scolaires, mais aussi dans la garde d’enfants en bas âge, qu’elles soient ATSEM (Agents spécialisés dans les écoles maternelles) ou assistantes maternelles employées par les municipalités. Les emplois sont le plus souvent à temps partiel, avec des niveaux de rémunération très bas (salaire minimum). Ces catégories de « travailleuses pauvres » sont peu visibles dans l’espace public, bien qu’elles aient participé activement dans certaines villes, par exemple, au dernier grand mouvement contre la réforme des retraites en 2010. Dans le sillage des travaux que nous avons réalisés sur la syndicalisation des aides à domicile, nous souhaitons nous appuyer ici sur une enquête en cours auprès de la fédération syndicale SUD Collectivités territoriales (CT) afin de questionner à la fois les démarches syndicales pour organiser ces catégories de salariées, mais aussi la façon dont ces travailleuses investissent le syndicat, font émerger leurs propres revendications et un univers de pratiques profondément inscrit au sein des classes populaires. Les syndicats SUD regroupent historiquement des militant-e-s qui se sont formé-e-s dans les batailles internes de la CFDT, qui sont fortement politisé-e-s et avec un niveau de formation élevé. L’arrivée de nouvelles catégories, qui n’ont pas de parcours militant et dont l’univers professionnel et social est profondément différent, vient bousculer les façons de faire du syndicalisme.
Auteure : Diane Gagné (UQTR)
2 - Les programmes d’accès à l’égalité : femmes « opérateurs » 30 ans après?
L’un des objectifs des programmes d’accès à l’égalité était de favoriser l’embauche de femmes dans des secteurs dit-non traditionnels, afin de permettre à celles-ci l’accès à des emplois mieux protégés et mieux rémunérés. L’objet de cette communication est d’examiner le rôle qu’ont joué les différents acteurs sociaux concernés, et en particulier le syndicat et les femmes elles-mêmes, dans la mise en œuvre d’un programme d’accès à l’égalité dans un milieu non traditionnel. Ce programme a été introduit en 1985 à la Raffinerie de Pétro-Canada à Montréal, qui compte près de 360 travailleurs syndiqués. Les salaires y sont élevés donc attrayants, les avantages sociaux importants, la volonté d’intégrer les femmes venait de la haute direction et des mesures ont été mises en place afin de favoriser leur intégration. Nous connaissons le bilan quantitatif. Les sept premières femmes ont été embauchées au printemps et à l’été 1985. Deux n’ont pas passé l’hiver, deux sont encore à l’emploi, deux ont pris leur retraite récemment, une autre a quitté quinze ans plus tard pour une réorientation de carrière. Depuis, moins de dix travailleuses ont été embauchées. Ce constat nous interpelle puisque l’accès à ces emplois demeure précaire et que nous avons observé que cela n’a pas fait l’objet d’action collective. Les entrevues que nous entendons mener ce printemps devraient permettre de mettre en lumière certaines des difficultés rencontrées par les femmes en milieu non-traditionnels, la précarité des acquis obtenus grâce aux programmes d’accès à l’égalité et certaines causes du succès mitigé de ce programme d’accès à l’égalité. Pour ce faire, nous rencontrerons des femmes « opérateurs », des représentants syndicaux et patronaux et nous irons rencontrer une personne responsable du programme sur les procédés en continu de l’institut de Pétrochimie affiliée au CEGEP Maisonneuve. Cette démarche devrait permettre de répondre notamment à la question : comment l’action collective menée par le syndicat pourrait faciliter l’embauche et l’intégration de femmes dans ce milieu dit non-traditionnel?
Auteure : France Bernier (Centrale des syndicats du Québec)
3 - Mythes et réalités sur les secteurs public et parapublic : quand précarisation et disparités de traitement riment avec féminisation.
Depuis la fin des années 80, le travail atypique et précaire s’est institutionnalisé dans les secteurs public et parapublic, prenant appui sur une conception sexiste du travail. Au nom de la flexibilité, maître mot néolibéral justifiant l’ajustement nécessaire à la mondialisation, le travail atypique s’est conjugué, à tort, avec la conciliation travail-famille. Force est d’admettre que le discours sur la sécurité d’emploi a agi et agit comme paravent sur la réalité des femmes œuvrant dans ces secteurs, empêchant de mettre en lumière la précarité et l’intensification du travail vécues au quotidien, sans compter les difficultés de la conciliation travail-famille. À cette précarisation du travail des femmes s’ajoutent les disparités de traitement liées à l’architecture même des conventions collectives. Afin de prendre la mesure des transformations des conditions de travail dans les secteurs public et parapublic, et de l’effet pernicieux de ces transformations, l’analyse différenciée selon les sexes (ADS) constitue l’outil à privilégier. Toutefois, force est de constater que les organisations syndicales tardent à développer cette analyse, ce qui n’est pas sans conséquence sur les orientations et actions syndicales privilégiées pour maintenir et améliorer les conditions de travail et de vie des femmes, très majoritaires dans les secteurs public et parapublic. Des données statistiques sur l’évolution des salaires dans les secteurs public et parapublic ainsi que sur l’évolution des statuts d’emploi des femmes depuis les 25 dernières années nous permettront de mettre en lumière les effets pervers de ce qu’on appelle les disparités de traitement sur les conditions de travail et de vie de ces femmes.