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Titre : Colloque 240 - Séance 9 - Débats pluriels théoriques et renouvèlements de la critique féministe de l'économie politique
Résumé : -

Auteure : Aurélie DAMAMME (Université Paris 8)
1 - Perspective du care et handicap : de quelle autonomie parle-t-on ?
A partir d’enquêtes menées auprès de pourvoyeur-e-s de care dans la sphère domestique mais aussi d’hommes et de femmes en situation de handicap au sein de mouvements organisés depuis 2006, je chercherai à montrer les tensions en jeu autour de la conceptualisation du travail et des relations d’aide et de soin. La perspective du care développée par Joan Tronto (2009) propose de considérer le care dans sa double dimension de travail et de disposition en soulignant la centralité des rapports de pouvoir entre les différents protagonistes tout au long du processus. Critiquée par les auteurs des disability studies pour sa minorisation de ceux qui sont qualifiés de « destinataires », la perspective du care rend visible une difficulté centrale : celle de la qualification de l’autonomie et de ce qui est censé être son envers, la dépendance, et par voie de conséquence, celle des conditions de sa réalisation. Comment s’entendre sur la qualification des tâches qui favorisent l’objectif d’autonomie de la personne dite destinataire ? Quelles sont ensuite les conditions de réalisation du care qui permettent de ne pas dominer les pourvoyeuses du care (en particulier professionnelles mais aussi dans la sphère domestique) ? A l’heure de la forte marchandisation des services d’aide à la personne, et en s’inspirant des critiques féministes des disability studies (Morris, 1993), la définition de l’autonomie des personnes en situation de handicap mérite d’être interrogée pour ne pas reproduire les biais d’une approche généralement conçue sur le modèle de l’homme blanc avec un handicap physique, ni faire abstraction des rapports de pouvoir en jeu dans les relations avec les autres protagonistes.
Auteure : Jeanne Ollivier-Gobeil (UQÀM)
Le-s co-auteure-s : Martin Gallié (UQAM)
2 - Travail non libre et travail domestique : étude de cas des travailleuses domestiques résidantes à Montréal
Cette proposition de communication s’appuie sur une recherche pluridisciplinaire menée en collaboration avec PINAY qui porte sur les conditions de vie, de travail et de lutte des travailleuses domestiques résidantes à Montréal. Elle consiste à défendre l’hypothèse selon laquelle cette fraction de classe est soumise à une forme de travail « non libre ». Après avoir brièvement présenté le programme des aides familiales résidantes (PAFR), nous reviendrons sur les concepts de « travail non libre » (Miles, 1987 ; Moulier-Boutang, 1996 ; Botte, 2005 ; Le Baron, 2013) et de « formes transitionnelles d’exploitation » (Guillaumin, 1978) puis nous examinerons les rares recherches qui appliquent ces concepts au travail domestique, salarié ou non (Fudge et Strauss, 2014 ; Delphy, 2013). Dans un second temps, à partir de l’enquête menée auprès de 33 travailleuses domestiques résidantes, nous tenterons de mettre en évidence les caractéristiques du régime spécifique d’exploitation des travailleuses domestiques en terme de temps de travail, de privation des droits à la liberté et à la vie privée. Finalement, nous reviendrons sur le problème du « non partage » (Delphy, 2006) du travail domestique entre hommes et femmes, mais aussi entre femmes. Cette communication tentera ainsi de s’emparer des débats, anciens et actuels, sur la place du travail domestique pour la critique de l’économie politique (Delphy, 2013) et du droit du travail.
Auteure : Vanessa L'écuyer (UQAM)
3 - Travail gratuit et non-libre: la prison Tanguay comme forme d'actualisation du rapport social d'appropriation des femmes?
Par la problématisation du travail domestique, la critique féministe de la définition du travail a débouché sur un élargissement de la définition de ce concept. Ainsi, le travail social total (Hirata et Zarifian, 2000) désigne non seulement le travail prescrit, salarié, professionnel, mais aussi le travail gratuit, domestique, de soin et de soutien (Barrère-Maurisson, 1984). C'est dans cette perspective que nous souhaitons discuter de l’organisation du travail effectué par les femmes incarcérées à la prison Tanguay (Goffman, 1961, Juteau et Laurin-Frenette, 1997). Il s'agira de s'interroger sur l'organisation de l'ensemble des activités de travail qui ont lieu à l'intérieur de l'institution carcérale, suivant les contraintes qui lui sont propres, ainsi qu'à l'extérieur, dans les trajectoires de vie des femmes incarcérées, ainsi que sur les liens entretenus avec l'extérieur lors de l'incarcération. Nous soutiendrons que les femmes incarcérées constituent une fraction particulière de travailleuses. Leurs activités de travail ne sont pas comparables à celles des femmes n'évoluant que dans les univers domestique et/ou salarié. Une des caractéristiques du travail qu'elles effectuent à l'intérieur de l'institution carcérale est d'être non-libre et pratiquement gratuit. Nous souhaitons discuter de l'hypothèse selon laquelle le corps et le travail des femmes serait d'ores et déjà insérés dans un rapport d'appropriation collective d'abord, comme classe de sexe, et individuelle, dans bien des cas, dans la société dite libre. Dans cette perspective l’incarcération viendrait donc moduler cette appropriation. Nous croyons que le travail des femmes incarcérées pourrait correspondre à une forme paradigmatique permettant de prolonger la critique féministe de l'exploitation et l'analyse du rapport d'appropriation.