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Titre : Colloque 240- Séance 10 - Pratiques de résistances, militantes et revendicatives autour du travail domestique: vers un état des lieux
Résumé : -

Auteure : Louise Toupin (UQAM)
1 - Une lutte féministe oubliée : le salaire au travail ménager, 1972-1977. Parcours d’une pensée et son incarnation dans l’action
Question de réinscrire dans l’histoire des idées et du mouvement féministes un chapitre évanoui, tout en offrant un arrière-plan historique à de nombreux débats actuels entourant la question de la reproduction sociale, la communication entend témoigner d’un courant de pensée, qui était aussi un mouvement actif dans plusieurs pays durant la décennie 1970, et qui s’est incarné dans la lutte autour du salaire au travail ménager. Issu d’un livre phare de Mariarosa Dalla Costa et de Selma James, Le pouvoir des femmes et la subversion sociale (Genève, Librairie Adversaire, 1973), les idées et les stratégies d’action de ce courant du féminisme recouvraient beaucoup plus que l’ensemble des tâches matérielles englobées communément sous l’étiquette de « travail ménager » ou « domestique », et se déployaient bien au-delà de l’objectif de sa rémunération salariale. Il s’agissait de faire émerger la problématique de la reproduction même des sociétés. Ce mouvement s’est voulu transnational, ce qui était une première dans cette « seconde vague » du féminisme. Autre fait inusité à l’époque : la grande diversité de ses militantes, dont certaines ont pu former leurs propres groupes, sur leurs propres bases, à l’intérieur du même réseau. Ces dernières ont pu ainsi développer des analyses, qu’on qualifierait aujourd’hui d’« intersectionnelles », à partir de leurs positions respectives de lesbiennes, de femmes racisées, d’assistées sociales, de serveuses, d’infirmières ou de mères, le tout dans la perspective du salaire au travail ménager. Ces divers groupes étaient actifs dans plusieurs champs de luttes où, chaque fois, étaient établis des liens avec le travail invisible et gratuit des femmes. La communication entend évoquer ce que fut ce mouvement, sa pensée et ses luttes, depuis son origine (1972) jusqu’à on apogée (1977), moment où il constituait un réseau, appelé Collectif féministe international, qualifié par certaines d’ « embryon d’internationale des femmes ».
Auteure : Laetitia Carreras (Centre de Contact Suisses-Immigrés)
2 - Travailleuses domestiques sans autorisation de séjour: revendications et paradoxes d'une lutte pour la régularisation
A travers cette communication, nous aborderons certaines revendications et paradoxes de la campagne nationale « Aucune employée de maison n'est illégale », lancée au mois de mars 2013 en Suisse. Dès l'émergence, au début des années 2000, des mouvements de travailleuses et de travailleurs sans statut légal, ainsi que de différents collectifs de soutien en Suisse, la question du travail domestique a été centrale. En effet, dans les cantons urbains, la majorité des migrant-e-s sans statut légal est constituée de femmes qui travaillent dans le secteur de l'économie domestique. Cette campagne revendique un réel accès aux assurances sociales de base et aux tribunaux du travail dans toute la Suisse sans risque d'expulsion, ainsi que la régularisation des personnes sans statut légal, avec une attention particulière à celles qui travaillent dans le secteur de l’économie domestique. L'implication de travailleuses domestiques sans statut légal, ainsi que les différentes actions menées par les réseaux locaux, ont contribué à rendre visible cette réalité. Par ailleurs, le cadre législatif migratoire en Suisse dévoile la manière dont celui-ci entérine les divisions sexuelle, internationale et sociale du travail et procède à un véritable « marquage du corps social » (Guillaumin) en assignant les migrantes à des secteurs d’activité bien précis. La délicate articulation des revendications entre le court, le moyen et le long terme sera abordée à travers les problématiques de la régularisation et des risques d’assignation.
Auteure : Jules Falquet (CEDREF-LCSP Université Paris Diderot)
3 - Le « dés-amalgamage conjugal » en contexte néolibéral : libération ou nouvelles formes d’appropriation ?
Ma communication analysera les nouvelles modalités néolibérales du travail des femmes. Pensant particulièrement à celles qu’Ehrenreich et Hochschild ont baptisées les « femmes globales » (les bonnes d’enfants, les femmes de ménage et les « travailleuses du sexe », 2003), on s’interrogera sur la « professionalisation » ou « mise sur le marché » des activités que Paola Tabet a qualifiées d’« amalgame conjugal » (2004), à savoir un ensemble d’activités que les épouses fournissent en bloc et sans mesure à l’époux en échange d’un entretien en nature —travail domestique, procréatif, sexuel et émotionnel. S’agit-il pour les femmes d’une possibilité de se libérer de l’appropriation individuelle dans l’institution familiale, grâce à une entrée —même partielle— sur le marché du travail ? Ou, plutôt, dans la perspective de Guillaumin (1992), de nouvelles formes d’appropriation (collective) des femmes —et si oui, de quelles femmes et comment ? J’analyserai dans une perspective d’imbrication des rapports sociaux de sexe, « race » et classe, qui pratique le désamalgamage et dans quelles conditions. Le poids des travailleuses racialisées, prolétarisées, migrantes illégalisées ou des travailleuses de pays du Sud exerçant à distance (loueuses d’utérus transnationales, cyber-travailleuses du sexe par exemple), attire l’attention sur les conditions institutionnelles et légales d’exercice de ces activités, ainsi que sur les diverses formes de violences et de persuasion qui sont mises en oeuvre pour amener certains segments de la population mondiale à les réaliser au plus bas coût possible, permettant cependant d’importants bénéfices pour de nombreux intermédiaires.