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Titre : Colloque 240- Séance 11 - Politiques publiques, précarisation du travail salarié et stratégies des femmes envers le temps travaillé rémunéré et non rémunéré
Résumé : -

Auteure : Annabelle Seery (Université de Montréal)
1 - Travail domestique et discours du mouvement des femmes québécois : qu’en pensent les jeunes féministes?
Au sein du mouvement des femmes québécois, on a vu se développer au courant des années 1970 un discours de libération des femmes par le travail rémunéré : en occupant un emploi à l’extérieur du foyer, les femmes se libèreraient de leur dépendance économique vis-à-vis de leurs conjoints. Bien qu’elle ait été fortement contestée au cours des années 1970 comme depuis, cette conception de l’émancipation continue de marquer nombre de discours féministes au Québec. Parallèlement, l’assignation au travail domestique, encore majoritairement féminin, est perçue comme faisant obstacle à la pleine égalité entre les femmes et les hommes. Quelles sont les réflexions des plus jeunes féministes sur ces questions? Cette communication s’appuie sur des entretiens semi-directifs réalisés avec 29 femmes âgées entre 23 et 36 ans s’identifiant comme féministes et ayant un lien d’appartenance avec un lieu de militance féministe au Québec. Elle montre que leur rapport au travail, tant domestique que rémunéré, les poussent à réouvrir le débat au sein du mouvement sur la question du travail domestique. Cette réactualisation des réflexions aurait comme toile de fond un marché du travail précarisé et exigeant, de même que des rapports familiaux tendant davantage vers l’égalité que ce que le contexte des années 1970 offrait. Tout en saluant les luttes de leurs prédécesseures qui ont mené, entre autres, aux congés parentaux et aux services de garde actuels, elles veulent dépasser l’approche de la conciliation famille-travail telle qu’on la connaît depuis plusieurs années.
Auteure : Suzy Bossard (Université Lille 1, Clersé)
2 - L’ambivalence de la demande de travail d'emploi à temps partiel des femmes précaires employées dans les services aux personnes
Dans un contexte de non-reconnaissance salariale (précarité des conditions d’emploi, absence de formation, faiblesse des salaires) du travail de care et ou de services aux personnes rémunéré, la demande de travail à temps partiel (Kergoat 2012 [1984][1] ; Angeloff 2000[2]) se révèle ambivalente. D’un coté, elle signale une résistance des femmes précaires à l’exploitation salariale (vendre sa force de travail à quel(s) prix ?) et à la vie domestique exclusive ; de l’autre, elle leur permet de tenir le travail domestico-parental auquel elles sont assignées et d'obtenir un revenu salarial. L’analyse proposée ici montre l’intérêt de penser ensemble travail professionnel et travail domestique (Galerand et Kergoat 2008[3]). Cette communication s’appuie sur une recherche en cours qui s’intéresse aux conditions d’emploi et de travail des Auxiliaires de vie scolaire (AVS), personnel précaire de l’Éducation nationale au service des enfants en situation de handicap, à l’aune des rapports sociaux (de sexe, de classe, d’âge et de race). Nous utiliserons des matériaux provenant de l’observation des 87 entretiens d’embauche et dossiers de candidatures, et des entretiens semi-directifs avec 30 AVS permettant de retracer leurs trajectoires pour rendre compte de la dimension paradoxale de la demande d'emploi à temps partiel pour ces femmes précaires, entre émancipation et reproduction du travail de care.
Auteure : Marie-Hélène Deshaies (Université Laval)
3 - Permanences et variations dans le partage de la responsabilité des soins : une analyse de discours des politiques publiques québécoises de soutien aux personnes âgées
La question des soins à apporter aux personnes dépendantes et vulnérables a toujours constitué une préoccupation importante pour les femmes compte tenu des rôles spécifiques qui leur ont été traditionnellement assignés au sein de la famille et de la société. Les transformations sociales, démographiques et économiques des dernières décennies ont contribué à redessiner les contours de cette question d’une façon toute particulière et ont favorisé l’émergence de tensions nouvelles : 1) inégalités professionnelles et économiques pour les femmes liées notamment à la persistance d’une division traditionnelle des soins dans la sphère familiale; 2) accès insuffisant aux soins pour les femmes vulnérables et dépendantes dans un contexte de réduction des services offerts par l’État; 3) déplacement d’une partie des tâches de soins vers des travailleuses à statut précaire. À travers les débats, discussions et prises de position entourant l’adoption de politiques publiques à l’égard des personnes âgées se profilent différents positionnements quant au rôle des femmes et des hommes et quant à celui de l’État, du marché, de la famille et du tiers secteur dans le financement, la prestation et la régulation des soins à apporter aux personnes dépendantes et vulnérables. L’objectif est ici de mieux comprendre comment ces discours ont, dans le contexte québécois des dernières décennies, contribué à (re)définir le problème du partage de la responsabilité des soins, à diminuer ou accroître les inégalités, à maintenir ou transformer les rapports sociaux de sexe.