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Titre : Colloque 240 - Séance 12 - Regards historiques sur les mutations du travail domestique et parental au XXe siècle
Résumé : -

Auteure : Marie-Laurence Beaumier (Université Laval \ Réseau québécois en études féministes)
1 - Genre et division sexuelle du travail domestique: réflexions sur la construction des expériences parentales en milieu populaire québécois, 1945-1977
Depuis le tournant des années 1970, l'étude des structures de l'économie familiale a fait partie des thématiques centrales des recherches féministes aussi bien en France et aux États-Unis qu'au Québec et au Canada. En croisant les rapports de genre et de classe dans leurs analyses des familles, ces historiennes et sociologues ont défini, conceptualisé et mis en lumière l'importance historique du travail domestique des femmes, et également les effets multiples et structurants du système patriarcal et de la division sexuelle du travail sur la vie et les structures familiales. Cette communication s'inscrit dans cette tradition historiographique et propose d'analyser l'impact de la division sexuelle du travail domestique sur la construction des identités paternelles et maternelles au moment de la transition vers la parentalité. L'analyse reposera principalement sur des entrevues orales réalisées avec des pères et des mères appartenant au milieu populaire et ayant eu des enfants dans la ville de Québec entre 1945 et 1977. La notion de parentalité nous servira ici d'espace pour interroger les dynamiques interactionnelles à l'oeuvre dans la construction et l'évolution des identités paternelles et maternelles. Nous tenterons plus particulièrement de comprendre dans quelle mesure la division sexuelle du travail domestique favorise « le renforcement des identités sexuées » (Véronique Rouyer, 2011) à travers la construction et la modulation des expériences parentales.
Auteure : Marilyne Brisebois (Réquef/Université Laval)
2 - De l’enseignement de la couture comme reflet de la complexification du travail domestique au Québec, 1940-1970
Cette communication se propose d’aborder une institution « où les femmes font, dès leur plus jeune âge, l’apprentissage de la féminité » : l’école. La période retenue, qui va des années 1940 aux années 1970, demeure en histoire de l’éducation des filles encore peu étudiée. L’analyse se base essentiellement sur les archives de l’enseignement ménager, dans les institutions consacrées spécifiquement à cette mission mais aussi ailleurs, disponibles dans le Fonds du Ministère de l’éducation du Québec. À travers l’étude de l’enseignement de la couture, à la fois symbole de la production domestique ainsi qu’habileté permettant d’entrer sur le marché du travail salarié, c’est la reproduction idéologique qui est observée. L’existence de cet enseignement ne signifie toutefois pas qu’une seule conception de ce que devait être et de ce à quoi devait mener cette formation avait cours. En effet, différentes positions coexistent sur le sujet, notamment dans le contexte de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec (Commission Parent) des années 1960. Cette présentation s’inscrit dans une réflexion sur le travail domestique et sa complexification dans la seconde moitié du XXe siècle québécois, à travers la lunette offerte par l’étude de la couture. Elle se veut une prise de position féministe en histoire, un engagement pour l’étude de cette forme spécifique que prend la division sexuelle du travail pour les femmes.
Auteure : Catherine Charron (Université Laval)
3 - « La vie, elle me ramenait là tout le temps » : Récits de travail domestique rémunéré, Québec, XXe siècle
Depuis l’époque industrielle, les métiers domestiques sont parmi les moins convoités, bien que les plus accessibles aux femmes, qui quittent ces emplois dès qu’elles peuvent accéder à d’autres horizons professionnels. Dans le dernier tiers du XXe siècle, l’émergence d’un « archipel de petits métiers féminins » (Mozère) non qualifiés se nourrit et alimente à la fois le phénomène de la précarisation de l’emploi, réactualisant l’héritage séculaire des savoir-faire féminins naturalisés et d’un rapport de travail informel et personnalisé. L’approche biographique nous permet de saisir non seulement les mécanismes socio-historiques de refoulement d’un certain nombre de femmes vers des emplois domestiques ou associés au care au cours des dernières décennies du XXe siècle au Québec, mais également les ambiguïtés, au cœur de la mise en récit du travail domestique rémunéré, des différents ancrages identitaires découlant du rapport des femmes de milieu populaire au domestique, au salariat et à la famille. Une approche qui donne une nouvelle mesure de l’invisibilité de ces activités situées à l’interface des sphères marchande et familiale, interrogeant les nouvelles formes de « délégation » (Kergoat) du travail autour des clivages de genre, de classe et de race, et renouvelant des questionnements déjà anciens en histoire des femmes autour de la division sexuelle du travail.