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Titre : Colloque 240 - Séance 13 - Comment observer, mesurer et rendre compte du travail domestique, de sa distribution et de son exploitation?
Résumé : -

Auteure : Isabelle Courcy (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Catherine Boucher (UQÀM); Geneviève Laroche (UQÀM)
1 - Besoins spéciaux, répartition spéciale ? Appréhender le travail domestique de parents d’enfants autistes et les mécanismes de son non partage au sein du couple
Avec: Catherine des Rivières-Pigeon, Professeure Université du Québec à Montréal Avoir un enfant présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) semble aujourd’hui constituer une réalité familiale relativement fréquente. Les dernières données populationnelles indiquent à cet effet une prévalence d’un enfant sur 68 (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, 2014). Au Québec, ce sont généralement les mères qui effectuent la majeure partie du travail lié au soin, à la stimulation et à l’éducation de ces enfants. Si la distribution asymétrique marquée qui s’observe dans ces familles a été déjà été décrite dans le cadre de recherches antérieures (Courcy, 2014; Courcy et des Rivières-Pigeon, 2013), les mécanismes qui sous-tendent cette répartition et les facteurs susceptibles de la modifier sont moins connus. La communication proposée vise à présenter une recherche que nous avons menée auprès de quinze familles d’enfants ayant un TSA au Québec. Cette recherche avait pour objectif d’analyser de façon exhaustive et approfondie les tâches domestiques accomplies par ces parents (treize mères et neuf pères) afin de mieux comprendre les dynamiques sous-jacentes au (non) partage du travail domestique au sein de ces familles. Un dispositif méthodologique original a été élaboré afin d’appréhender, dans ses multiples dimensions (matérielles, cognitives et émotives), le travail domestique des participantes et des participants. Les résultats obtenus permettent une meilleure conceptualisation du travail qui est effectué par ses parents, des enjeux de sa « bonne » réalisation et des mécanismes qui sous-tendent son (non) partage. Ces résultats seront présentés plus en détail tout comme les pistes de réponses qu’ils nous permettent d’avancer pour mieux soutenir les familles d’enfants présentant un TSA et ainsi favoriser une répartition plus équitable du travail domestique entre les hommes et les femmes.
Auteure : Marianne Modak (HeTS&S - Vaud, eesp, Lausanne)
2 - « Contre la dst ? L’usage du « partage » du travail dans le couple comme « action de reconnaissance » du « parent non statutaire »
Un double mouvement caractérise, pour le dire vite, la famille contemporaine : de contractualisation, de dénaturalisation et de politisation de la famille sous le coup des revendications féministes ; de reconduction de la division sexuelle du travail et de l’antagonisme de sexe au sein du couple par le système de genre. Bref, dans la famille contemporaine, les relations sont à la fois de solidarité et inscrites dans un rapport social (Combes) et la gageure est de « démêler les confusions scientifiquement entretenues entre rapport social de sexe et rapport conjugal » (Devreux). J’aimerais examiner le problème de la reconnaissance du rôle parental du « parent non statutaire » en montrant que celle-ci se joue dans cette double composante du couple. Ma communication va présenter les résultats d’une étude qualitative[2] par trois vagues successives d’entretiens conduits auprès d’une vingtaine de couples vivant en familles hétérosexuelles recomposées et homoparentales et dont la caractéristique principale est qu’un des conjoint·e n’est pas, légalement, le parent de l’enfant avec lequel il ou elle vit. L’analyse des résultats va porter sur les « actions » de reconnaissance de la parentalité « non statutaire » et notamment sur le « partage » du travail dans le couple, sachant que parmi les socles de légitimation de la filiation (socles juridique, biologique et domestique) le travail de soin, d’élevage et d’éducation de l’enfant ne compte pas à un double titre : dans la loi qui, en Suisse ne reconnaît pas de statut au tiers (mais une obligation d’entretien) et dans l’économie capitaliste qui relègue le travail domestique et de care dans le privé et l’invisibilité. Tout ceci est bien connu. Je montrerai que l’exercice d’une parentalité socialement non légitime est toléré au premier chef dans la mesure où a pu être négociée dans le couple et son environnement, la reconnaissance du parent non statutaire sur la base, notamment, du « partage » du travail (domestique et salarié) dans lequel le parent non statutaire est conduit à jouer différents rôles (substitution, interchangeabilité, subsidiarité, appropriation). Nos résultats indiquent que l’antagonisme de sexe peut être affaibli ou renforcé par la réalisation de l’objectif supérieur que se donne le couple conjugal : sa transformation, partielle ou totale en couple parental.
Auteure : Rose-Myrlie Joseph (Université Paris 7 et Université de Lausanne)
3 - Jouer le travail, déjouer les rapports sociaux : apports et limites du sociodrame dans l’analyse du travail des femmes
Les relations de travail se présentent comme le théâtre des rapports sociaux qui s’y expriment dans toute leur violence. Dans ma recherche sur l’articulation des rapports sociaux, je propose à des groupes de femmes de mimer les relations de travail en utilisant le sociodrame. Des femmes en Haïti et en France ont ainsi joué des scènes de ménage autour du partage des tâches, ce qui a permis de discuter de la division sexuelle du travail. Elles ont aussi joué, dans le service domestique, les relations entre les femmes patronnes qui externalisent le travail domestique et les femmes migrantes pauvres et racisées que les patronnes emploient. Cela ouvre alors la discussion sur les divisions sociale, raciale et internationale du travail. Le sociodrame comme « jeu de rôle » permet ainsi d’aborder les rapports sociaux en observant et en jouant les relations de travail. Et en cela, il devient, plus qu’un « jeu drôle », un véritable outil de discussion et d’analyse. Mais ces actrices, prises à la fois dans leur rôle social habituel et dans le rôle qu’elles interprètent, arrivent-elles vraiment à appréhender les rapports sociaux dans leur articulation? Quels sont les apports et limites du sociodrame dans l’analyse du travail des femmes?