Détail ::::::
Animatrice : Chantal Maillé (Institut Simone-De Beauvoir, Université Concordia)
Titre : Les zones d’ombre de la recherche féministe francophone québécoise : interroger les impensés pour construire des solidarités féministes - Séance 1
Résumé : -

Auteure : Chantal Maillé (Institut Simone-De Beauvoir, Université Concordia)
1 - Francophonie paradigmatique et construction d'une grammaire féministe des différences
Conférence d'ouverture
Auteure : Caroline Jacquet (UQAM)
2 - Déconstruire les couples binaires laïcité/égalité vs religion/patriarcat : l'apport des analyses féministes poststructuralistes anglophones pour créer de nouvelles solidarités
Récemment, plusieurs féministes poststructuralistes anglophones ont critiqué les discours dominants sur la sécularisation, présents de manière implicite ou explicite au sein des études féministes, assimilant la modernité et l’égalisation des conditions entre les hommes et les femmes à la privatisation et la spiritualisation (voire disparition) des croyances religieuses (Butler, 2008; Braidotti, 2008; Jakobsen et Pellegrini, 2008; Brown, 2012; Scott, 2012). Ne seraient compatibles avec cette tendance féministe séculariste que les conceptions de la religion comme foi intérieure librement choisie à l’exclusion des autres. Cette communication résumera brièvement les déconstructions opérées par ces chercheuses : laïcité/religion, modernité/tradition, occident/reste du monde, liberté/soumission, égalité/patriarcat. Deux obstacles pourraient être soulevés pour éviter d’intégrer leurs travaux aux recherches féministes francophones au Québec. D’une part, ces travaux anglophones tendent à cibler dans leur critique une conception protestante des religions. D’autre part, elles font référence au concept de « secularism » et non de « laïcité ». L’intérêt ici est de proposer des pistes de recherche pour intégrer l’apport de ces déconstructions théoriques à l’étude des mouvements féministes au Québec, notamment durant les périodes charnières des années 1960 à 1980 : Féminismes et mouvements laïques sont-ils allés de pair? Les critiques féministes du catholicisme étaient-elles nécessairement anti-« religion »? Quels rôles explicatifs joue le schéma narratif du passage de la « Grande noirceur » à la « Révolution tranquille » au sein des mouvements féministes? Cette recherche historique critique nous paraît fondamentale pour créer de nouvelles solidarités entre féministes croyantes et non croyantes.
Auteure : Julie Depelteau (Université d'Ottawa)
Le-s co-auteure-s : Dalie Giroux (Université d'Ottawa)
3 - Sur la piste d’une pensée politique bispirituelle
Au sein du petit nombre d’études portant sur le mouvement two-spirit (bispirituel) en Amérique du Nord, force est de constater le peu d’études en langue française, sinon que quelques travaux anthropologiques (Hérault, Saladin d’Anglure). Nous remarquons également, au sein du monde universitaire, le peu de connaissances d’une pensée politique bispirituelle émergeant du mouvement même (une praxis two-spirit?). Et ce malgré l’activité politique et le « travail de terrain » de groupes two-spirit, et malgré des pratiques d’écriture et de représentations visuelles. Nous proposons dans cette intervention un état des lieux de la question (histoire du mouvement, études sociologiques et anthropologiques, activisme contemporain), ainsi qu’une réflexion sur les manières de documenter la bispiritualité comme pensée politique, notamment à partir de la théorie, de la littérature de témoignage, de la poésie, des arts visuels et de la fiction autochtone (e.g. Susan Beaver, Beth Brant, Tomson Highway, Qwo-Li Driskill, Kent Monkman, Patricia Gunn Allen). Nous voulons situer ces pratiques comme gestes de visibilisation et d’activation de systèmes de genres (non-hétéronormatifs) que l’entreprise coloniale cherche à réprimer.
Auteure : Janik Bastien Charlebois (UQAM)
4 - Quand l’enthousiasme heuristique occulte les sujets sociaux : Traitements théoriques de l’intersexuation et des personnes intersex(ué)es dans la recherche féministe francophone
La découverte de l’intersexuation au sein des sciences sociales est principalement le fait des recherches féministes. Initiée par Kessler (1990) et Fausto-Sterlin (1993), elle est introduite en francophonie par Kraus (2000). La recherche francophone s’est surtout centrée sur l’existence de trajectoires atypiques de la sexuation, de même que sur les ressorts (hétéro)sexistes ou hétéronormatifs de la prise en charge médicale des personnes intersex(ué)es. Ces objets sont mis à contribution pour étayer la thèse de la construction du sexe, pour réfléchir au concept de « genre », ainsi que pour saisir l’ampleur de l’appareil de bicatégorisation du corps sexué. Les sujets sociaux intersexes y apparaissent régulièrement, mais à travers de brèves mentions des effets négatifs des mutilations et les luttes entreprises pour qu’elles cessent. Le numéro « À qui appartiennent nos corps », de Nouvelles Questions Féministes, se distingue cependant par son investissement complet dans les expériences et les politiques intersexes. En contraste, la recherche anglophone, qui a certes aussi saisi l’intersexuation pour des fins politiques féministes centrées sur des sujets femmes non-intersexes, a cependant produit davantage de savoirs autour des expériences intersexes. Un corpus de recherche explore les effets des traitements non-consensuels, interroge le milieu médical sur ses pratiques, et examine les rapports sociaux entre personnes intersex(ué)es et médecins. Ceci engage les chercheurs sur d’autres avenues théoriques, de même que des réflexions politiques plus près des luttes des sujets sociaux intersexes. Au regard des conversations au sein desquelles sont engagées les recherches féministes de la francophonie, quels axes pourrait-elle développer pour se rapprocher des sujets sociaux intersexes?